Ado

Je vous aime dans le rétro, je vous aime flou, je vous aime mal, je vous aime ado.

Quand il y a du Cranberries dans mon casque, du Rage Against the Machine et du Jump Around, putain du Jump Around.  

Toujours sur ma peau ça frissonne, vos peaux, noires, blanches, brunes, ça transpire.

Je vous confonds dans mes souvenirs, qui dansait le mieux le mercredi, qui me ramenait le samedi, qui rêvait de m’embrasser et qui j’ai fui.

Je vous aime dans le rétro, je vous aime flou, je vous aime mal, je vous aime ado.

Quand je vois un collège gris, sale, planté au milieu de nulle part, quand je sens de l’herbe qui brûle et des fleurs des champs qui luttent au bord des trottoirs.

Toujours dans ma gorge les sanglots reviennent et les larmes de ne pas avoir su donner mieux, donner plus, d’avoir confondu le brouillon avec la vie.

J’avais honte de la Merco, j’avais honte des bijoux dorés mais dans mon cœur ça groovait du Dr Dre.

Je vous aime dans le rétro, je vous aime flou, je vous aime mal, je vous aime ado.

Je pensais qu’il fallait s’échapper, partir ah partir.

L’adolescence et ses rêves en kit qu’on emprunte à d’autres.

Au lieu de choyer ces émotions là, coincées entre la cité et la cantine, entre les engueulades au milieu de la rue et les gymnases irrespirables, vous étiez si sublimes.

Je vous aime dans le rétro, je vous aime flou, je vous aime mal, je vous aime ado.

Mes silhouettes en jogging à bandes, mes sourires d’enfants tremblants de premiers chagrins, mes mains tendues dans le noir scintillant des garages, mes yeux verts et bruns et verts, mes vrombissements de mobylette, mes coups de sonnette à l’improviste, mes pogos moites et mes verres de coca trop chauds.

Mes soeurs aux doigts délicats, aux baskets multicolores, mes chevelures à mèches de couleur, à nattes, à perles, à boucles, mes sœurs de piscines bondées, de RER désert, mes sœurs de gazon coupé et de parquet dégoulinant de sueur.

Je vous aime dans le rétro, je vous aime flou, je vous aime mal, je vous aime ado.

Mais ça va hein j’ai pas tout perdu, il y a bien deux visages d’amour qui sont restés dans mon smartphone et tous les autres peuplent tendrement chacun de mes printemps, parfums de typex, de mûre et de brevet blanc. Tous les autres sauf une parce qu’il y a toujours des histoires terribles, des 21 juins qui tiennent pas le coup, des soleils qui meurent, seuls, adolescents.  

(Crédit : Katrin Acou-Bouaziz / 1994)

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