Hypersensible

Les parfums me renversent, la pluie, les roses, le charbon. Ils me ramènent hier, me font confondre les maisons. Je bloque mon inspiration tant je les aime, comme les musiques dont les notes submergent. Depuis l’enfance, je cherche l’antidote contre ce spleen, cette résonance, tout ce bruit qui redouble et me fait peur, mon touché qui s’emballe, les objets deviennent immenses comme dans les contes, il suffit d’un orage.

Ne plus respirer, regarder ailleurs. Pour oublier mon corps qui tremble et ma gorge lourde d’intuitions, je ris souvent, je cris pour rien, je baisse le son de la radio. Je me coupe parfois des autres, je manque de place pour leurs frissons. J’ai l’air si lunatique, fleur bleue. Lorsque je m’abandonne à mes sensations, on dit de moi « elle s’écoute trop ».

Jusqu’à ce que je comprenne enfin ce qui m’arrive et pourquoi tout, un tronc coupé, les rides d’une main et pourquoi tout, un slam à la télé, un brin de muguet, une voix dans le train, pourquoi tout traverse ma peau et alourdit mon coeur. En fait tout ce fatras, ce bouillon de pleurs et de saveurs, cette énergie et ces élans, d’amour, d’envie, toutes ces colères, ces injustices peuvent bien couler, me noyer même si ça les chante. Hypersensible de l’intérieur je n’ose pas toujours le dire. Tout ce bonheur, tout ce malheur, ça isole tant, ça rend crâneur, comme si aux autres, je ne laissais rien.

Depuis, je me suis dit, je vais pas continuer comme ça, peut-être qu’à force d’avoir peur d’être, je ne suis pas ? Depuis je ne suis plus ce loup qui baisse le regard, raisonne. Plutôt celui, celle qui rôde l’œil bien ouvert, se gave d’odeurs et quand il a froid, frissonne. A moi la brise de mai, lilas trop mûrs et le grand pull d’homme chaud pour écrire. A moi les bouches d’enfant collées. Les lumières douces et les baisers. A moi la vie toutes les couleurs du ciel. Et toutes les blessures autour. C’est décidé, je laisse venir, je n’ai plus peur. Je suis l’oignon qui brunit, la peinture qui s’écaille, le soleil sur la mer, les bruits d’en bas, les verres de vin, les larmes des autres, les cris d’oiseaux dans le jardin. Je suis ce feu si inutile, cette émotion de tout, de rien.

Roses de l’année dernière.

2 commentaires sur “Hypersensible

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