8 ans


10 mai 2013, 4,4 kilos. Je ne retiens jamais aucun chiffre mais ceux-là sont restés gravés dans ma mémoire. La douleur d’un accouchement permet de faire avancer le travail, elle est aussi cette encre qui grave l’émotion sous la peau. 8 ans plus tard, il a beau être le deuxième, celui dont on mélange cruellement les dates, les mimiques et les progrès avec la première, avec la dernière, il reste la grande avalanche de sensations, celui qui recalcule les itinéraires, pousse à se renouveler, mieux se connaître, se comprendre, à toujours plus s’aimer, même dans l’étrangeté des tempéraments, des regards. Il est et restera toujours ce point zéro du dépassement de soi, cet avenir dont on veut connaître tous les détails. Est-ce sa carrure, ses yeux doux, sa peau de miel ? La façon dont il est arrivé sur terre, après des heures de douleurs inouïes, de combats avec la maternité, son père qui pour m’aider se transforme en doula, éponge le liquide sous nos pieds, me sert de ballon, me transfuse sa confiance ? Est-ce sa place dans la fratrie, doudou puis grand frère, mélange de sucre et de sel ? Je ne sais pas alors je continue à écrire sur lui. Des textes où je ris de cette naissance incroyable, des textes où je tente de transmettre, cette sauvagerie, ce délice, ce lâcher prise. Des textes où j’essaye de le croquer, petit bonhomme, petit titan à l’énergie qui terrasse. Des textes partout sur lui dans mon ordi qui disent l’attente, la peur, la fatigue, l’adoration pour une vie sans dessus dessous de trop plein, de trop tout, de paroles, de joies, de larmes, de ballons qui cassent tout, de sourires qui enivrent. Il ne me lira pas ou alors avec son air malin, sait-on jamais il a 8 ans maintenant et laisse parfois sa tendresse affleurer devant moi entre deux placages sur son lit, deux baisers foudroyants dont il a le secret. Et tant d’autres preuves de la force de ses émotions. A moins que ça ne soit moi qui l’habille des miennes et confonde encore nos peaux, nos énergies, nos mémoires dans une fusion irrépressible ? Moi qui doive encore une fois rompre les eaux et le laisser s’éloigner encore, encore un peu plus loin de moi, chaque 10 mai encore un peu plus loin de mon corps.

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