Raccrocher (le sac à langer)

La poussette a cassé, le biberon se lave plus. J’arrête pas d’en rigoler, faut raccrocher le sac à langer.
J’ai beau la tenir tout contre moi, ses jambes s’agitent, je fais plus le poids. J’ai beau respirer ses plis chauds, sucre et mystère, j’oublie sa peau.
Je range chaque jour dans le grenier, un petit objet qui nous sert plus. Bavoir tâché, body troué, chaise haute rouillée et tour de lit. J’les pose en bas de l’escalier, petits passés prêts à monter, direct à jaunir dans l’oubli.
Bien sûr, y me reste quelques affaires pour jouer encore à la jeune mère. Un robot de cuisine pastel, des doudous mous dans les paniers, et du savon, fleur d’oranger. Mais je vois bien que c’est la fin, y aura bientôt plus de lutin.
Et pourtant j’ai attendu, plusieurs années entre les trois. J’ai fait durer tout ce que j’ai pu, le lait, les siestes dans mes bras. Les gens riaient d’les voir si grands dans leur cosy, dans leurs habits. J’étais si fière d’étirer le temps, lit à barreau, nuits de folie.
Pour supporter la grande rentrée, je ferai mes albums de bébé, 13 ans de carrière à dérouler. Comme une urgence de tout revivre, mon ventre rond, tes yeux qui pleurent, les pieds potelés, sourires charmeurs et nos étés et nos étés. Comme une envie de garder l’envie, comme un rêve qui console, une puissance à peine enfouie, au creux du ventre, qui rayonne.

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