Créteil  soleil couchant

Surconsommation. Pollution. On a des courses à faire. Du neuf. En bagnole. Tant pis, on y va quand même, main dans la main, il reste un parfum d’automne. Nos peaux étonnées. Nos regards étonnés. Autour de nous, au bord des routes, quelques arbres frissonnent. Il est 17h. Créteil Soleil bouillonne de lumière, de virus. Bousculades. Paiements. Sans contact. Paraît qu’Orelsan a les mêmes avis que moi. Paraît que ma vie n’est pas raccord avec mes idées. J’en ai la nausée dans ces allées, glaces à toute heure et à tous les repas. Fringues qui coûtent tellement rien ou tellement cher, je cherche un prix moyen pour me rassurer, des pyjamas pas trop laids, pas trop jaja. On se console avec nos goûts, on se soutient par le bras. L’impression d’une autre planète, Total Recal au bout de la ligne 8. « La fuite n’y changerait rien, maman », tu me dis avec ton esprit clair.

Je frôle quand même la crise d’angoisse dans le Primark, chaleur dans le masque, pas de fenêtres, odeur de gel. Jusqu’à ce que l’émotion me sauve. En regardant le plafond d’une boutique parcouru de canalisations, de spots violents tout du long, je reconnais l’espace. On est samedi aussi, je suis venue ici pour un jean. Mes chers fantômes sortent des cabines, il y a mes frères, le petit qui se tord de rire, le grand qui adore essayer et mon père toujours pressé, qui court presque dans les allées. Il y a ma mère bien sûr, bonne fée qui trouve toujours la petite robe noire et mes copines en transe dans le Sephora plein à craquer. Il y a cette lumière d’avant, retour vers le futur, les enseignes s’effacent, laissent réapparaître mon Bonheur des Dames à moi, la Denise du 94, les BHV et les Bata, courses de rentrée, courses de Noël, courses à vos côtés, peu m’importait pour quelle raison, fallait foncer, chercher, trouver, j’étais toujours là.

Le centre va fermer. On a rempli nos tote bag d’inutile, marché des heures sans voir le ciel, chiots entassés dans une cage, lingerie sexy, burgers spicy. En quittant le parking, je pense à toutes les autres fois où je suis rentrée de Créteil. Aux boîtes à chaussures ouvertes sur le grand tapis crème, la texture du nouveau pull en laine, pain dans le four, télé allumée, cheminée crépitante et les yeux baba de ceux qui découvrent les achats, CD d’Elsa « papa t’en va pas, si tu l’aimes, t’en va pas ».

Pour vous retrouver, votre amour, vos rires et si je tournais à droite vers la maison encore une fois ? Mais bien sûr, il n’y a plus rien que des autrefois, des impressions, chaleur, douceur au bout des doigts. Dans mon rétro, seulement la nuit des samedis, le feu de nos vies. Dans mon rétro, mélancolie, désir, peur, dégoût, mort. La poésie se fout du décor. Créteil Soleil couchant m’émeut encore.  

En rentrant

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