On t’attendait pour le 11 août. Dans un Paris chaud et désert à arpenter le ventre noué de doutes. Le 13, j’ai reçu un texto de ma mère, enfin, qui disait « mes examens montrent que tout va bien ». J’ai marché encore un peu, le Louvre, le jardin des plantes. Ma respiration allait déjà plus loin. On a mangé dans un fast-food Porte Dorée, je ne voulais rien. J’étais bien partie sur la planète ocytocine. L’après-midi au téléphone avec l’amie, assise à tourner sur mon ballon. Son calme à elle, revenu après des semaines de drame. Ses silences à elle qui m’écoutent si bien. Puis, au dîner, j’ai reçu une chanson. « Alright » à découvrir d’urgence. L’autre amie pour qui j’avais si peur revenait m’accompagner.
J’ai perdu les eaux quelques minutes plus tard, déclenchée par l’amour autour. Dans un Vitry chaud et bleu comme une orange. Mes parents, petits, timides devant la vague sur mon visage déjà différent sont venus chercher les grands. Je me souviens d’un câlin fort comme une bombe. Des sourires légers et graves comme un vertige. La suite à deux, la route noire et ma chemise blanche, les pas lents côte à côte, mains nouées, tour à tour vieux amoureux se soutenant, jeunes parents à la force olympique, les cris étouffés, les maintenant, les peut-être, les soudain, appartiennent au 14, nuit mauve et fluide et aux mouettes parisiennes, toujours ivres, comme moi, de ta naissance.