Il a pris un pinceau et il a dit « j’ai une idée ». D’un geste sûr, sa tour Eiffel noire est apparue, le souvenir de la balade encore incandescent sur le blanc du papier. Mon cœur est devenu rouge, d’un rouge « Paris je t’aime », d’un rouge de plaisir et de joie.
Elle a écrit un conte et elle a dit « tu veux le lire ? ». Cendrillon portait des baskets et avait un tempérament de feu. Les mots dansaient les uns contre les autres. J’avais les yeux en buée bleue en terminant la lecture, un pleur d’émotion qu’on retient tout du long, on ne sait pas bien pourquoi.
Elle a demandé qu’on fasse une ronde au milieu de la cuisine. Elle a tiré nos mains et nous a joint les uns aux autres, personne n’a osé parler du gel hydroalcoolique. Elle a demandé qu’on chante « petit papa Noël » et puis « les crocodiles ». On a sauté, on a tourné. Elle a dit « encore » et moi j’avais le cœur rouge, les yeux bleus et les mains froides, un froid de tendresse, de surprise.
Il a allumé la petite lampe orange et bleu, celle qui me fait penser à Paul Eluard. Celle qu’on a reçue à notre mariage et qui doit coûter très cher alors on n’ose pas l’utiliser souvent. Sa lumière de trésor s’est répandue derrière le sapin qui brillait. J’ai dit, « merci, c’est joli ». Il pleuvait de la douceur sur nos gestes. J’ai pris la couverture rouge pour nous réchauffer du froid qu’on imaginait dehors. J’ai épluché ma clémentine et bu ma tisane orange cannelle. On était dans une foutue pub pour les chocolats du réveillon. Mais c’était pas de notre faute si d’autres avaient eu la même idée que nous pour créer du beau. On ne faisait rien que se lover dans les senteurs de l’hiver, se délecter des petites œuvres du quotidien qui font frissonner nos épidermes et chassent toutes les laideurs imprimées sur nos rétines.
Alors j’ai ouvert un document word et je me suis dit « écris le ». Mon texte était court, construit un peu à la va vite mais le message était clair. La beauté est essentielle, la recherche de la beauté est essentielle. Mais pas de la beauté de pacotille, qu’on soit bien d’accord. Il nous faut de la beauté des profondeurs, savant mélange d’inspiration, d’amour, d’émerveillement des sens, d’espoir, de calme, d’assurance. Une beauté qui nous fait danser, cuisiner, rire, dessiner, chanter, offrir, jouer, marcher, écrire, guérir, jardiner, décorer, découvrir… Une beauté qui terrasse tout, nous rend digne et aimable, à tout âge et dans toute situation. Une beauté qui s’interdit de montrer la colère, la rancœur, la tristesse, la peur. Une beauté qui nous gaine malgré un passé de douleur, un présent imparfait et un avenir incertain. J’ai pensé qu’elle était l’unique objectif à suivre. Un objectif qui ne coûte rien, à la portée de tout le monde. Et j’ai réalisé en me relisant que je venais pour la première fois de ma vie de trouver un vœu à formuler pour la nouvelle année. Je vous souhaite, je me souhaite, de la beauté. Uniquement de la beauté pour 2021.
