L’attente (la troisième)

Je suis bloquée avec toi aux portes de la vie. La naissance ressemble à la mort, redoutée, fantasmée, impossible à prédire avec précision.

Dans cet espace-temps, je me perds un peu, je me délecte des heures qui ne s’écoulent plus. C’est un arrêt cardiaque conscient. C’est une pause entre deux générations. C’est un gouffre philosophique. C’est un bouleversement en soi. Le croisement du dehors et du dedans.

Cette attente de la souffrance et de la joie.

Nous sommes tellement ensemble à cet instant, tellement collées l’une à l’autre, je ne sais plus qui est la mère qui est la fille. Je n’ai plus d’âge. Des chiffres flottent tout autour de nous. Jours, dates, battements de cœur, centimètres. Des rêves se mélangent. Nos deux vies comme crochetées, superposées par endroits.

Nous devons déjà nous séparer. Faire le deuil de ce corps extraordinaire qui nous porte toutes les deux, me prolonge dans un avenir infini. Faire le deuil de cet état magique.

Nous devons déjà nous séparer. Et dans cette perspective qui nous effraie, apprendre à se reprendre sans se posséder.

Je t’aime déjà, c’est insensé.

*Ce texte a été écrit pendant un monitoring de contrôle, le lundi 13 août 2018. J’ai perdu les eaux six heures plus tard.

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